Hommage à Katherine Lippel

Notre chère collègue et amie Katherine Lippel nous a quittés le 23 septembre 2021, foudroyée, à l’âge de 67 ans, par une maladie fulgurante. Aujourd’hui, nous rendons hommage à cette femme exceptionnelle qui se démarquait par son intelligence, son humanité, et sa touchante générosité envers autrui.

Née aux États-Unis, Katherine a passé la majeure partie de sa vie à Montréal et, depuis une vingtaine d’années, à Saint-Armand (Qc). Reçue au Barreau du Québec en 1978, Katherine est devenue professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM en 1982. En 2006, elle a quitté l’UQAM pour un poste de professeure à la Faculté de droit (section de droit civil) de l’Université d’Ottawa où elle a été titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le droit de la santé et de la sécurité du travail (2006-2020), et, en 2021, titulaire de la Chaire de recherche éminente en droit de la santé et de la sécurité du travail. Pendant toutes ces années passées à Ottawa, elle est restée professeure associée au Département des sciences juridiques de l’UQAM. La qualité exceptionnelle de son travail a été maintes fois soulignée et récompensée. Katherine a été admise à la Société royale du Canada en 2010. En 2017, elle a reçu la Médaille d’or du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada soulignant « le leadership, le dévouement et l’originalité de la pensée » dont elle a fait preuve dans son domaine. Plus tôt, en 2005, elle avait reçu le Prix d’excellence universitaire de l’Association canadienne des professeurs de droit.

Tout au long de sa carrière, Katherine a participé à la réflexion et aux débats de l’heure liés à la santé des travailleuses et des travailleurs. Pionnière dans le domaine de la réglementation de la santé et de la sécurité du travail, alors qu’elle était encore aux études, elle a rédigé la première histoire de la législation sur l’indemnisation des accidentés du travail au Québec. Un ouvrage qui demeure une référence aujourd’hui encore. En 1992, elle a démontré ses facettes avant-gardistes en explorant un sujet jusqu’alors peu étudié, le stress au travail, dont elle a tiré un livre du même nom (Éditions Yvon Blais). D’autres livres publiés chez la même maison d’édition ont suivi, entre autres : Le retrait préventif de la travailleuse enceinte ou qui allaite, Réflexions sur le droit et la médecine (1996), L’indemnisation des victimes d’actes criminels (2000), La notion de lésion professionnelle (2002), La réparation des lésions professionnelles (2005), La reconnaissance des troubles musculo-squelettiques en tant que lésions professionnelles en droit québécois (2014), et La responsabilité criminelle des entreprises en matière de santé et de sécurité du travail (2016). Son expertise sur le traitement par le droit de la santé psychologique des travailleuses et des travailleurs est reconnue mondialement, tout comme ses travaux sur la violence et le harcèlement au travail, lesquels ont contribué, entre autres, à l’adoption par l’Organisation internationale du travail de la Convention no 190 sur la violence et le harcèlement en 2019.

Ses très nombreuses publications, conférences et subventions de recherche d’envergure témoignent de sa passion inlassable pour les questions liées à la santé et la sécurité du travail, tant du point de vue de la prévention que de l’indemnisation. Soulignons, à ce titre, ses travaux sur la santé au travail des femmes, le retour au travail après une lésion professionnelle, la santé et la sécurité des travailleuses et travailleurs en situation d’emploi atypique, les cancers professionnels, l’accès à la justice des travailleuses et travailleurs ayant subi une lésion professionnelle, le rôle des médecins dans la trajectoire des personnes accidentées ou malades du travail et l’impact de la mobilité géographique sur la santé au travail et l’indemnisation des lésions professionnelles.

Katherine était aimée et admirée partout à travers le monde. Elle collaborait souvent avec des chercheuses et chercheurs de partout au Canada, de l’Europe, de l’Australie, de l’Asie et d’Amérique latine, participant ainsi activement à la consolidation d’un réseau international trilingue de recherche sur la santé et la sécurité du travail.

Elle repoussait les frontières de la recherche juridique en mobilisant une approche partenariale et un dialogue résolument interdisciplinaire afin d’améliorer concrètement la situation des travailleuses et travailleurs. Elle était toujours à l’écoute et toujours prête à apprendre des autres : des travailleuses et travailleurs, des groupes communautaires, des syndicalistes, des étudiantes et étudiants, des décideuses et décideurs, des universitaires d’ici et d’ailleurs. Elle était de ces universitaires qui mettent leur expertise au service de la société, offrant des conférences à une grande diversité d’auditoires, autant dans le monde scientifique que dans la collectivité.

Pendant près de 40 ans, Katherine a joué un rôle de premier plan dans la formation de juristes engagés. Sa philosophie de l’enseignement était simple : aider les étudiantes et étudiants à maximiser leur potentiel. Pour elle, les étudiantes et étudiants qui éprouvaient plus de difficultés pour diverses raisons devaient être accompagnés de plus près pour découvrir leurs habiletés et leurs intérêts, parfois insoupçonnés. Elle a donc agi comme mentor pour de nombreux étudiants et étudiantes, et ce, à titre d’enseignante, de directrice de thèse et de mémoire, et de superviseure d’assistantes et assistants de recherche. Son souci de former la relève a ouvert la porte à beaucoup de personnes à une carrière universitaire ou à une pratique comme avocate ou avocat. Elle a su guider des chercheuses et chercheurs en émergence, en leur transmettant des valeurs essentielles comme l’intégrité de la recherche, la rigueur, le respect des personnes participantes et des destinataires de la recherche. Aujourd’hui, l’affection particulière que lui vouent un grand nombre de chercheuses et chercheurs en santé et en sécurité du travail s’explique sans doute par l’encouragement particulier qu’elle offrait à la relève dans le domaine.

Les travaux de Katherine ont sans conteste marqué le champ du droit de la santé et de la sécurité du travail pour des générations à venir, et ce, tant au Québec et au Canada qu’ailleurs dans le monde. Tout au long de sa vie, sa simplicité, son ouverture d’esprit et son rire contagieux ont touché beaucoup de personnes, tant à l’université que dans tous les milieux où elle s’est impliquée.

Katherine laisse dans le deuil son conjoint Frederick Sweet. Fred a beaucoup soutenu les efforts de Katherine, souvent dans l’ombre. Leur compagnon de longue date Robert St-Louis nous a déjà quittés au mois de mai dernier. Elle laisse aussi dans le deuil de nombreux amies et amis, ainsi que tous les membres de sa très nombreuse « famille » de recherche.

Katherine, il n’y a pas assez de mots pour exprimer à quel point tu vas nous manquer!

Que notre indéfectible amitié te suive là où tu te reposes désormais, en paix.

Rachel Cox et Stéphanie Bernstein

NOTE : Les personnes désireuses d’honorer sa mémoire, peuvent faire un don au Fonds Robert Saint-Louis qui offre des bourses d’études destinées aux étudiantes et étudiants en droit en situation de handicap ou dont les travaux portent sur les droits des personnes en situation de handicap (https://100millions.uqam.ca/don-en-ligne/fonds-robert-saint-louis-251/personal) ou faire un don à l’Union des travailleuses et travailleurs accidentés de Montréal-UTTAM (https://uttam.quebec/).

Département des sciences juridiques

Le Département des sciences juridiques priorise la promotion et la défense de la justice sociale en apportant une réponse fondée sur le droit aux préoccupations des citoyennes et citoyens et des groupes sociaux d’ici ou d’ailleurs dans le monde. Notre département est un laboratoire d’analyse critique du rôle que joue le droit dans la société et de la place que joue le social dans le droit.

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